Contemplation du printemps

Au-dessus de moi depuis le début de la journée, des nuages blancs et gris poussés par le vent du nord, défilent à grande vitesse dans un ciel tout bleu et descendent vers le sud en cachant mille fois le soleil. Cela fait trois jours et autant de nuits que le vent les pousse ainsi, inlassablement.

Tantôt la campagne rayonne de mille éclats colorés sous l’explosion soudaine d’une lumière naturelle libérée et bientôt tout semble s’évanouir sous une teinte blafarde que le grand vent du nord dessine sans cesse.

Puis de nouveau, avec le soleil et ses chaudes caresses tout vient se confondre dans la félicité et l’allégresse d’un magnifique sourire céleste ; pour mourir à nouveau et renaître encore dans un mouvement sans fin.

Vivre et mourir est le lien indissociable et sans heurt du mouvement qui les unit, comme le creux et le sommet de la vague est un pont qui unit tout l’océan à travers l’ampleur de son mouvement immuable. Ainsi chaque mort est aussi création de vie dans cette immensité de lois naturelles.

Sans les ténèbres de la pensée mais dans un état de renoncement total, comme expression d’une attention complète et vulnérable à toutes choses, la beauté de la vie pleine et directe se fait jour d’elle-même.

Dans cette plénitude, la mort n’est pas une étrangère, elle est là, libre comme le bourgeon toujours changeant dans sa phase de respiration croissante de vie.

Dans la terre et le ciel unifiés vivre et mourir participe d’un même mouvement l’un contenant l’autre, l’un étant relié à l’autre comme la tige et la fleur d’une seule plante.

Le mot est faible de clarté et d’innocence et ne peut traduire la réelle beauté du paysage me traversant de part en part.

La purification s’accomplit dans le dépassement du mot consommé, la lumière qui le traduit alors dès sa propre mort engendre un silence sans limite qui s’installe et se nourrit de lui-même, complètement ouvert à l’épanouissement du réel authentique.

Au-dessus de ma tête, un couple de pigeons aux ailes transparentes se déplace rapidement, non loin de moi, une mésange atterrit sur le sol, ramasse une graine, me regarde et s’en va se poser sur le toit du hangar ; son élégante silhouette éclairée d’un rayon de soleil printanier se détache sur un ciel momentanément nuageux.

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